Chambord : les dessous de la collecte citoyenne qui a sauvé l’aile François Ier
1 octobre 2026

Lancée il y a un an, la mobilisation du grand public pour sauver l’aile François Ier du château de Chambord, notamment menacée par le dérèglement climatique, a dépassé toutes les attentes : un million d’euros collectés en une année, soit dix fois l’objectif initial ! Décryptage, avec Cécilie de Saint Venant, Directrice générale déléguée au développement, d’un appel aux dons qui doit son succès à la collaboration entre mécénat et communication ainsi qu’à une appropriation citoyenne facilitée par un dispositif fiscal exceptionnel.
12 millions d’euros : c’était la somme nécessaire pour parer au plus pressé, c’est-à-dire sécuriser l’aile François Ier du château de Chambord, dangereusement fragilisée depuis de nombreuses années par le poids de sa charpente et les effets du dérèglement climatique (sécheresse, chaleurs intenses et inondations).
Pour sauver le bâtiment, il y a un an, le Domaine national de Chambord décide de mettre en place une stratégie de collecte de fonds classique en sollicitant ses grands mécènes. Mais pas seulement : il souhaite aussi créer une mobilisation citoyenne forte autour du projet. « Nous avons pensé qu’il était important de pouvoir proposer aux Français de s’associer à cette rénovation et de presque s’approprier le chantier », explique Cécilie de Saint Venant, Directrice générale déléguée au développement.
Le 19 septembre 2025, à l’occasion des Journées du patrimoine, le domaine lance donc un appel aux dons d’envergure nationale : « Sauvez l’aile François Ier, devenez ange gardien de Chambord ». La campagne, dont le visuel montre une larme de sang coulant sur la joue du monarque, vise initialement 100 000 euros par an. Ce palier est atteint en quinze jours seulement ! La collecte dépasse ensuite 200 000 euros en quelques mois. Pour Cécilie de Saint Venant, cette réussite est ainsi « la preuve que le patrimoine séduit », y compris dans le cadre d’un projet de mécénat distinct des grands projets parisiens habituels.
90 % des dons viennent de France, le restant étant issu de Belgique et d’Europe. « C’était une très agréable surprise de constater que la générosité des Français était forte. Nous avons reçu des messages très engagés et très émouvants », ajoute Cécilie de Saint Venant. Les dons reçus sur la plateforme collecte.chambord.org sont très variables, s’échelonnant de 1 à 10 000 euros, avec une moyenne estimée à 180 euros. En un an, plus de 5 500 participations seront comptabilisées, le don le plus fréquent s’élevant à 20 euros.
Les enjeux transversaux de mécénat et de communication
La collecte s’accélère ensuite avec l’entrée en vigueur de la loi de finances 2026, permettant une déduction fiscale exceptionnelle de 75 % calquée sur le dispositif Notre-Dame de Paris.
Mais la réussite du projet n’est pas due qu’à cet avantage fiscal. Elle repose aussi sur l’imbrication entre les enjeux de mécénat et de communication. La stratégie fondée sur l’appel aux dons comme appropriation citoyenne et la campagne humanisant un grand personnage historique ont été pensées en interne. « C’est vraiment cette collaboration extrêmement précise et forte entre les équipes de communication, les équipes web et les équipes mécénat qui a permis de susciter un tel engagement », analyse la directrice générale déléguée au développement.
Grâce à sa politique de développement économique, le Domaine national de Chambord, autofinancé à 105 %, salaires inclus, finance une partie du chantier de restauration de l’aile François Ier sur ses fonds propres. Il obtient également 6 millions d’euros du ministère de la Culture et 1,4 million de la Fondation du patrimoine. Sa stratégie de mécénat lui permet enfin de récolter près de 2 millions d’euros de la part des entreprises mécènes (territoriales ou nationales), dont les dons s’échelonnent de 40 000 à 300 000 euros.
Sur les 12 millions d’euros obtenus pour la mise en sécurité du bâtiment, ce million issu des particuliers servira peut-être aussi à inspirer les mécènes, appelés à soutenir la suite de la restauration. Car la deuxième phase des travaux, qui doit permettre la réouverture au public en 2032, est chiffrée à 25 millions d’euros. La collecte citoyenne, elle, se poursuit : 50 000 euros ont encore été donnés au projet cette semaine…
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