« Un secteur en crise ». Un an pile après l’investiture de Donald Trump, le titre de l’étude que vient de publier le CEP (Center for Effective Philanthropy), think tank américain, pose sans détours l’état du secteur aux Etats-Unis.

Objectifs : évaluer comment les associations et les fondations répondent aux menaces « existentielles » qui pèsent aujourd’hui sur les OSBL des USA. Comment les besoins des premières ont évolué entre janvier et septembre 2025, comment les secondes ont apporté des réponses ces évolutions, et surtout les décalages qui restent encore à combler entre les deux. (en savoir plus)

Du côté des besoins, les 408 dirigeants associatifs interrogés (budget moyen de 1,7 millions de dollars par an) sont sans appel : le sujet est une question de survie. Les deux tiers des associations affirment avoir vu la demande pour leurs services augmenter, en particulier pour l’accompagnement des personnes en difficultés (pour comparaison, pendant le Covid, 50% des dirigeants du pane du CEP avaient constaté une augmentation de la demande de service). Face à cette explosion des besoins sociaux, émanant de publics très fragilisés, 70% des dirigeants associatifs ont vu au moins une de leurs sources de revenus baisser : financement fédéral (34%) ; subvention étatique ou locale (29%), mais aussi baisse des financements des fondations (35%) et des dons des donateurs individuels (30%).

Un tiers des associations ont ainsi dû réduire leurs programmes, et bon nombre ont dû licencier des équipes. Dans ce contexte ultra-tendu, tous les leviers financiers sont activés ou en voie de l’être : 86% des associations ont déjà ou envisagent de rechercher de nouveaux bailleurs/donateurs, 77% d’accroitre les dons des bailleurs/donateurs existants et 57% de puiser dans les réserves financières.

Des réponses financières et non financières

De leur côté, les 227 dirigeants de fondations (panel de structures distribuant plus de 5 millions de dollars par an), se sentent moins menacés. La moitié reconnait que la situation a entravé la capacité de leur fondation à atteindre ses objectifs mais seuls 10% à estiment que le contexte met en péril leur capacité à opérer. Les dirigeants de fondation se disent aussi conscients de la situation des associations qu’ils financent, et avoir apporté des réponses. 64% ont débloqué des fonds d’urgence, 42% ont donné des fonds non affectés, 28% des dons pluriannuel. Ils sont aussi 1/3 à pousser leurs boards à augmenter les taux de dépenses annuelles.

Outre ces soutiens financiers renforcés, ils sont aussi 45% à avoir déployé des soutiens complémentaires : nouveaux types de coopérations avec les associations, par exemple sur leurs enjeux stratégiques, coordination avec d’autres bailleurs, appui au bien être des équipes, conseil juridique…

Des écarts à combler

Mais que pensent les deux parties de l’efficacité de ces réponses ? 93% des dirigeants de fondation estiment avoir bien compris les challenges que rencontrent les associations qu’ils financent mais seuls 54% des dirigeants associatifs sont d’accord. 91% des fondations se félicitent de leur réactivité mais 59% des associations acquiescent. Et quand 69% des fondations se félicitent de leur volonté de prendre des risques, seuls 30% des associations les félicitent également. Ce décalage important s’applique également aux évaluations de l’efficacité des fondations en matière de communication, d’octroi de soutiens non affectés ou pluriannuels.

« Ce décalage entre ce que vivent les organisations à but non lucratif et ce que les fondations pensent qu’il se passe n’est pas inhabituel », note le rapport du CEP qui a déjà mesuré le phénomène par le passé. Mais il atteint des sommets dans ce contexte de crise, qualifiée « d’existentielle » par un dirigeant associatif. Ce qu’attendent les associations des fondations ? Plus de fonds évidemment, mais aussi plus de courage, plus d’audace, plus de prises de positions publiques pour les défendre… quand ils sentent bon nombre d’entre elles ambiguës. Les sujets sur lesquels les parties se rejoignent dans les objectifs pour 2026 : plus de soutien pour développement des capacités des associations, notamment en matière de collecte, mais aussi une meilleure communication et plus de relations…

L’étude du CEP « Un secteur en crise. Comment les organisations à but non lucratif et les fondations américaines réagissent aux menaces » est disponible ici.

© graphique et photo : Center for Effective Philanthropy