Aller chier ou Faire popo… Pour inciter au dépistage du cancer colorectal, la Ligue contre le cancer et la Fondation ARC doublent la mise sur les territoires de communication décalés et très directs instaurés en 2025. Une capitalisation maligne sur des campagnes qui ont su faire parler d’elles, et attirer l’attention de nouveaux publics. Ou comment renouveler un territoire de communication. Avec même, à la clé, des produits dérivés…

La sensibilisation au cancer colorectal et à son dépistage est un exercice difficile. Elle se trouve face à un protocole auquel les deux tiers des concernés résistent encore, faute d’information, par manque de motivation à se procurer le fameux kit de dépistage à domicile, ou par réticence à effectuer ledit dépistage impliquant de récolter un échantillon de selles puis de l’envoyer par la poste. Pour dédramatiser le dépistage et en faire un acte quasi-ludique incontournable, le Ligue contre le cancer et la Fondation ARC ont choisi de changer de ton, chacune dans leur genre, s’éloignant au passage un peu de la caisse de résonnance « Mars Bleu » mois du dépistage du cancer colorectal, instauré en 2008 en écho à Octobre Rose, arrivé en France plus de 20 ans auparavant. Et s’imposant loin des discours de prévention usuellement déployés.

Côté Ligue contre le cancer, c’est l’injonction « Va chier » qui a été adoptée mars dernier, assortie de l’explication « Dites-le à ceux que vous aimez, ça peut leur sauver la vie ». Une manière pour la Ligue contre le cancer « de toucher une population que l’on ne touchait pas auparavant, alors que la participation au dépistage stagne depuis des années », expliquait Emmanuel Ricard, Directeur du Service Prévention et Promotion des dépistages de l’organisation dans notre numéro de Fundraizine de l’été dernier. Et les résultats médiatiques étaient au rendez-vous : triplement du nombre de visites sur le site de la Ligue, doublement du trafic sur les réseaux sociaux.

Même territoire, un cran plus loin

Forte de ces bons résultats, la Ligue reprend cette année l’injonction, désormais portée par 8 ambassadeurs, de Fanck Dubosc à la chanteuse Suzanne, posant fièrement avec des cuvettes de toilettes (la campagne est à voir ici). Une capitalisation forte sur ce territoire provoc’ qui n’oublie pas le fundraising puisque la campagne propose désormais une boutique solidaire avec des produits dérivés siglés « Va chier » (mugs, T-shirts ou sacs), dont les bénéfices sont reversés à la recherche.

A la Fondation ARC, c’est Mr Popo, une mascotte en peluche, aux indéniables airs d’étron, qui s’était chargé l’an dernier de dédramatiser en chanson et sans tabous le processus de test. Un message aux couleurs très années 80 et un site nelâchezrien.fr, qui misaient notamment sur un mécanisme de « harcèlement » bienveillant et humoristique par WhatsApp déclenché par les proches, afin de pousser les « dépistables » à passer à l’action. Ici encore, plutôt que de reproduire purement la campagne, la fondation capitalise en amenant ailleurs le concept, plus précisément sur les terrains de football. La mascotte s’invite cette fois sur le canapé d’un supporter (campagne à voir ici), pour l’inciter à rejoindre le Popo Club… dont l’hymne est « Po-po-po-po »… Un changement de ton, dans la continuité, ou l’art de se faire un peu chier, en ne reprenant pas simplement le message à l’identique… pour mieux capitaliser.

© Photo : La Ligue Contre le Cancer