Philanthropie et égalité : quid de la cause des femmes ?
9 avril 2026

Une étude de l’Agence Phare, commandée par la Coalition pour une Philanthropie Féministe, dresse un état des lieux inédit de la place de l’égalité de genre dans la philanthropie en France. Présentés le 24 mars dernier lors d’une journée d’échanges à la Fondation de France, les résultats invitent à s’interroger sur la place laissée à cette cause essentielle dans les financements philanthropiques, avec deux profils très distincts de bailleurs… mais aussi sur les leviers à activer pour développer la collecte en faveur de l’égalité de genre.
Soutenir l’égalité de genre ? En théorie, tout le monde est pour. Levier de justice sociale et de développement économique, la cause a tout pour plaire. Mais que disent les chiffres ? À l’échelle mondiale, 8% seulement des financements philanthropiques dédiés au développement ciblent le genre, selon l’OCDE. Appuyée par l’Agence Phare, la Coalition pour une Philanthropie Féministe, collectif de douze bailleurs créé en 2021, a cherché à quantifier et qualifier très précisément les pratiques effectives de financement philanthropiques à destination des femmes en France*. Les résultats résonnent avec les chiffres de l’OCDE : l’étude évalue à 7% la part des fonds philanthropiques consacrés à l’égalité de genre en France, soit environ 140 millions d’euros par an.
Ainsi, 43% des structures philanthropiques ayant répondu à l’étude ne financent aucun projet lié à l’égalité de genre et 29% n’en financent qu’une minorité. À l’inverse, 12% financent « une majorité » de projets liés à cette cause et 16% des répondants affirment y consacrer l’ensemble de leurs financements (les bailleurs de la cause représentant la moitié environ des répondants).
Deux visages de la philanthropie face à l’égalité hommes-femmes
Les structures qui déclarent financer des projets sur l’égalité de genre, « ne constituent pas une communauté homogène : leurs profils, pratiques et engagements sont très variables et polarisés », note l’étude, qui dessine une ligne de partage entre les structures « généralistes » et les structures dites « engagées ».
Les premières — la majorité — soutiennent les femmes en général (85%), les femmes en situation de précarité (75%), les migrantes (65%). Leurs thématiques de prédilection sont les droits économiques et professionnels, l’éducation et la lutte contre les violences. Des causes qui sont larges, peu clivantes et faciles à inscrire dans une logique de mécénat classique. Des approches dans lesquelles, note l’étude, les femmes ne sont parfois pas tant soutenues pour elles-mêmes mais « perçues au prisme de leur rôle familial et communautaire comme un moyen de toucher d’autres publics cibles, autrement dit comme outils ou vecteurs de la
philanthropie. Encore trop souvent, une confusion persiste entre le fait de cibler des femmes et le fait d’agir pour la réduction des inégalités et discriminations subies par les femmes ».
Du côté des structures « engagées », les choix sont souvent plus politiques, plus directement liés à l’égalité de genre. Elles financent davantage les femmes racisées (68% contre 45% en moyenne), les femmes concernées par la prostitution ou la traite (41% contre 26%) ou les publics LGBTQIA+ (68% contre 35%). Les projets soutenus concernent notamment les droits reproductifs (64% contre 31%) et le plaidoyer politique (68% contre 38%). Ces structures engagées ont aussi des pratiques de financement différentes des généralistes. Alors que ces dernières attribuent surtout des financements pour des actions/projets (83%) loin devant les financements de fonctionnement (48%), les « engagées » recourent davantage aux financements non-fléchés (49% d’entre elles contre 33% de l’ensemble des structures). Elles attribuent moins de financements inférieurs à 10 000 € annuels (14% pour les plus engagées contre 25% pour l’ensemble des structures).
Philanthropie féminine et féministe, quels leviers pour financer l’égalité ?
Les structures engagées stratégiquement – à la fois financièrement (via plus de la moitié de leurs financements), et politiquement via une posture féministe – ne représentent que 17% seulement de l’échantillon de l’enquête (soit 22 structures). L’étude note aussi que la présence de femmes aux postes de présidence et de direction des structures philanthropiques semble être un levier en faveur du financement de l’égalité de genre, mais constate également que bien que représentant 80% des salariées et 52% des membres des CA des structures enquêtées, elles restent minoritaires aux postes de présidence (40%).
Dans un contexte de réduction des fonds publics et de montée des conservatismes, « certains acteurs de la philanthropie manifestent une crainte d’afficher des positionnements explicitement », note enfin l’étude, qui plaide pour un renforcement des argumentaires en faveur de l’égalité de genre alors que le sous-financement de cette cause est ici pleinement mis en lumière. Pour les fundraisers concernés, les recommandations portées par l’étude poussent vers un travail de conviction renforcé : pousser la cause de manière transversale et moins en logique de projet pour construire des relations étroites avec les bailleurs amenant à des fonds non-fléchés et pluriannuels, développer les données disponibles pour rendre le sous-financement plus visible, contribuer à renforcer l’information sur ces enjeux… en assumant, peut-être, un positionnement visiblement progressiste et militant.
La synthèse de l’étude est accessible ici sur le site de la Fondation de France.
* Méthodologie de l’étude Phare pour la Coalition pour une Philanthropie Féministe :
- Questionnaire sur la place de l’égalité de genre dans les projets financés diffusé à l’ensemble des structures philanthropiques distributives françaises : renseigné par 127 structures, dont 65 financent l’égalité de genre.
- Analyse du détail des subventions distribuées en 2023 par 53 structures finançant explicitement et prioritairement l’égalité de genre.
- Enquête qualitative auprès de 20 structures philanthropiques finançant l’égalité de genre dans des proportions variables.
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