Claire Dognin, Déléguée générale de la Fondation Caritas France, partage sa vision du rôle que peuvent jouer les financeurs pour rééquilibrer les relations avec les associations et améliorer les conditions de travail des professionnels de la collecte…

Quel regard portez-vous sur les résultats de l’étude ?

Rien ne m’a réellement surprise. Avec d’autres financeurs, cela fait un an que nous travaillons sur la santé mentale des dirigeants associatifs, et des études du même type révèlent chez eux comme chez les fundraisers les mêmes causes de fatigue, voire d’épuisement profond. Ils occupent des rôles très exposés, pris dans des forces contradictoires bien connues comme cause de burn-out : moins de financements, mais l’injonction d’en chercher toujours plus parce que les besoins explosent, avec de moins en moins de moyens pour le faire… J’ai adoré ce métier, mais il est souvent dur. Essuyer en permanence des refus, se confronter à des demandes parfois impossibles à satisfaire. L’étude se penche sur l’asymétrie de la relation avec les financeurs. Elle existera toujours : il y a quelqu’un qui possède et quelqu’un qui demande. Mais il y a des moyens de la tempérer.

Par quels moyens les bailleurs peuvent-ils contribuer à rééquilibrer la relation ?

Je suis convaincue qu’il faut évoluer vers des financements pluriannuels, non fléchés, avec un reporting allégé. Le mouvement est lancé : plusieurs grandes fondations réfléchissent ensemble à des plateformes communes, à un dépôt de dossier unique. Franchement, aucune n’utilise 100 % du reporting qu’elle demande, alors que les associations le rédigent douze fois, sous douze formes différentes… Ce temps et cette énergie, les fundraisers devraient les consacrer à rencontrer, convaincre, approfondir les relations existantes. Le pluriannuel change aussi la donne : un fundraiser qui a sécurisé trois ans de financement n’a plus à subir l’urgence permanente du renouvellement. Une autre mesure prise par la Fondation Caritas c’est d’arrêter les appels à projets. Sur les derniers nous recevions 500 dossiers pour 20 projets financés ! Sur ces volumes, le risque c’est soit que les équipes craquent, des deux côtés, soit que le sujet soit réglé par une bataille d’IA : les associations pour remplir les dossiers, nous pour les trier. Merveilleux, non ? Nous avons donc décidé à ce stade de nous concentrer sur le soutien aux associations que nous accompagnons depuis longtemps et sont secouées par le contexte, avec des programmes pluriannuels, et un accompagnement extra-financier si besoin.

Faut-il aller plus loin et financer directement le bien-être des équipes ?

Je ne suis pas sûre qu’on règle le problème en payant des coachs aux fundraisers. Le sujet appelle une réponse plus systémique dans l’accompagnement des grantmakers. Dans une organisation qui va mal, vous aurez beau dire au fundraiser « prends soin de toi », cela ne servira à rien. Un fundraiser qui va bien, c’est un fundraiser qui a un manager qui va bien, un DG solide, soutenu par une gouvernance aidante. Dans un contexte très tendu, l’organisation doit être un lieu de repli et de sécurité. Le rôle des grantmakers, c’est de se demander comment ils peuvent contribuer à créer cette safe place, une organisation assez robuste pour pouvoir proposer un soutien à un salarié le jour où il en a besoin. L’étude d’impact menée pour les 15 ans de la Fondation Caritas France montre que les associations la voient comme un lieu où elles peuvent confier leurs difficultés en sécurité. Je crois que cela tient notamment à notre ADN associatif. C’est selon moi l’un des premiers leviers de soutiens qu’un grantmaker peut offrir : être un réel lieu d’écoute, où l’on peut se parler vrai.

* Pour aller plus loin, découvrez l’étude nationale de l’AFF sur la santé mentale des fundraisers.