3 Questions à Benjamin Trécherel
4 juin 2026

Le Responsable d’innovation de collecte de fonds serait-il une espèce rare en voie… d’apparition ? Éléments de réponse avec Benjamin Trécherel, qui exerce la fonction chez Médecins sans Frontières (MSF) : il revient sur son métier, les leviers qu’il défriche ou implémente, et sur les choix organisationnels derrière la création de la cellule d’innovation de l’association.
Comment devient-on l’un des rares fundraisers « Responsable innovation » ?
À ma connaissance, nous ne sommes pas très nombreux en effet, même si nous sommes quelques-uns au sein du mouvement MSF ! Cela fait 5 ans que j’exerce cette fonction après avoir débuté dans le marketing digital dans le secteur de la téléphonie mobile, et avoir monté en parallèle ma petite association pour collecter des fonds en soutien aux personnes sans-abri. J’ai ensuite été responsable digital dans diverses associations avant d’arriver à ce poste « innovation » chez MSF. C’était une ouverture de poste. Au départ j’étais seul. Aujourd’hui, notre cellule compte 3 salariés et 2 stagiaires.
Notre métier, c’est d’identifier et de développer des modes alternatifs de collecte. Pas toujours des leviers révolutionnaires, mais des canaux qui ne sont en tous cas pas encore implémentés chez nous. Quand nous avons mis en place la plateforme de pages de collecte peer-to-peer de MSF par exemple, cela existait déjà ailleurs mais c’était innovant pour nous. Quand nous défrichons le moyen de mettre en place une page de dons en cryptomonnaies, qui puisse garantir l’éthique des dons et répondre au contexte réglementaire français, c’est une innovation qui peut bénéficier à tout le secteur. Ce sera d’ailleurs l’objet de mon intervention au Séminaire de l’AFF en juin*.
Pourquoi MSF a-t-elle choisi de mettre en place une telle cellule il y a 5 ans ?
Le constat qui a mené à la création de mon poste, puis à celle de cette cellule, est – je crois – assez partagé dans le secteur : recruter de nouveaux donateurs est de plus en plus difficile. Le but était de trouver des moyens de sensibiliser et mobiliser de nouvelles cibles, grâce au digital notamment – c’est de là que je viens – mais pas uniquement. Des cibles plus jeunes évidemment, mais là encore, pas seulement. Nous ne réfléchissons pas l’élargissement de nos audiences uniquement en termes d’âge. Nous pouvons par exemple nous adosser à des approches thématiques au sein de communautés identifiées. Quant au choix de sanctuariser l’innovation dans cette cellule, c’est avant tout pour se garantir de se donner les moyens humains et financiers d’innover. Les fundraisers, qu’ils soient spécialistes du digital ou pas, ont presque tous un périmètre d’innovation dans leur poste. Mais cela reste souvent une sorte de bonus dans l’emploi du temps une fois qu’on a fait le reste. Un poste, une cellule dédiée, c’est aussi affirmer clairement la tolérance au risque, puisque l’échec fait aussi partie de l’innovation. Même si nous travaillons évidemment à maîtriser ce risque, notamment en calibrant des budgets expérimentaux proportionnés par rapport au budget global.
Quelles activités rentrent dans le périmètre de cette cellule ?
D’un côté, il y a le développement des outils et leviers de collecte en propre, comme les stratégies d’acquisition de don en cryptomonnaie. De l’autre, nous sommes d’une certaine manière un peu des « community managers de fundraisers », des animateurs de communautés de personnes qui peuvent être des relais de nos collectes ou collecter pour nous.
Nous sommes notamment en charge de toutes les collectes entrantes, que ce soit via des pages créées sur notre plateforme de collecte peer-to-peer, des « dossards solidaires » qui permettent à des coureurs de faire sponsoriser leurs courses à notre profit, ou d’une vente de gâteaux dans une école pour soutenir nos actions. Notre rôle est de les accompagner dans leurs projets solidaires tout en cadrant leurs initiatives, parfois surprenantes mais toujours inspirantes ! Nous organisons également des événements de collecte, en particulier des « marathons caritatifs » avec des streamers comme Stream for Humanity, Race for Gaza, et même une course d’orientation sur 3 jours dans Montpellier (MSF Quest) !
L’autre versant de notre mission est de promouvoir la culture de l’innovation dans l’ensemble des activités de fundraising : nous allons par exemple lancer des ateliers avec l’ensemble des personnes en charge du marketing direct, de la philanthropie, du face to face… L’idée étant de les aider à organiser une veille, à identifier et sélectionner des sujets d’innovation, y compris métier, en partant du principe qu’il n’y a pas de petite innovation !
* Pour tout savoir et participer à la 25e édition du Séminaire francophone de la collecte de fonds de l’AFF, les 23, 24 et 25 juin 2026 c’est par ici.
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