En réponse à l’incendie de la forêt de Fontainebleau, et de l’annonce présidentielle de la création d’un très « Notre-Damien » guichet unique de collecte, plus de 700 000 euros ont été mobilisés en moins d’une semaine par la Fondation du Patrimoine. Alors que d’autres collectes, par l’ONF ou des particuliers, volent au secours des forêts françaises touchées durement par les incendies, le patrimoine naturel s’imposera-t-il après cet événement comme un champ de collecte incontournable ?

Avec les images spectaculaires de la forêt de Fontainebleau en flammes, la cause environnementale s’impose au premier plan. En juillet, plus de 32 000 hectares ont déjà brûlé en France et 2 200 rien que pour la forêt francilienne. En réponse, le président de la République a annoncé une collecte d’urgence via un guichet unique portée par la Fondation du patrimoine, avec l’Office national des Forêts, la Ville de Fontainebleau, pour permettre à chacun de contribuer à la sauvegarde et à la reconstitution de ce massif et plus largement des forêts françaises.

Moins d’une semaine après son lancement la page de collecte avait déjà mobilisé plus de 700 000 euros, dépassant largement la cagnotte lancée quelques jours avant pour l’ensemble des forêts françaises (environ 155.000 euros).  Dans le même temps plusieurs cagnottes étaient lancées par des citoyens ou par l’ONF. Une bonne nouvelle pour la forêt ? Cette mobilisation d’urgence pose la question de la place des forêts dans le paysage des causes, entre philanthropie environnementale et soutien au patrimoine.

La forêt de Fontainebleau, cause patrimoniale ?

La mobilisation pour Fontainebleau rappelle, à certains égards, celle observée après l’incendie de Notre-Dame. Même émotion collective, même mobilisation présidentielle, même alignement des acteurs et même appel à « rebâtir » un patrimoine considéré comme commun. La comparaison dit quelque chose du rapport entretenu avec la nature : faut-il qu’un paysage brûle pour considérer qu’il est précieux ? Faut-il des images spectaculaires pour transformer un enjeu climatique en cause philanthropique ?

Mais Fontainebleau n’est pas une forêt comme les autres. C’est un lieu d’histoire, d’art, de sport, de promenades dominicales et d’escalade. Pour beaucoup de Franciliens, c’est un morceau de nature familier, presque intime, classé par l’Unesco, aux portes de la capitale. Cette proximité est l’un des ressorts de la générosité observée ces dernières semaines. Un ressort qui ne bénéficie pas forcément à toutes les forêts.

Entre cause d’urgence et cause de long terme

Si la cagnotte pour Fontainebleau financera la restauration de ce « monument naturel », celle portée par la Fondation du Patrimoine pour l’ensemble des forêts reflète bien l’ampleur des enjeux de collecte pour le patrimoine naturel : elle financera des mesures d’urgence — diagnostics des sols, évacuation des arbres brûlés — mais aussi des actions de prévention : accès à l’eau, préservation des zones humides, création de mares, puis des replantations sur plusieurs massifs forestiers en France.

Les catastrophes créent des élans de générosité. Mais elles permettent parfois aussi d’ériger en cause de long terme des besoins qui manquaient jusque-là de visibilité. Le patrimoine naturel et la forêt sortiront-ils en cause nationale de cet épisode de crise ? Au fond, la philanthropie environnementale fait face aux mêmes enjeux que bien d’autres causes, prises entre deux injonctions : anticiper pour prévenir ou agir à chaque catastrophe. Chaque pan de la cause pouvant trouver ses donateurs, du riverain concerné au philanthrope qui rachète des forêts pour les sanctuariser.

©Photos : Fondation du patrimoine – Jean-Marie Maillet Adobe Stock