La philanthropie britannique sort de Londres !
23 avril 2026
Un changement de paradigme complet. Avec le rapport Our place to Give, tout juste publié par le Department for Culture, Media and Sport (DCMS) britannique, le gouvernement pose les fondations d’une nouvelle ambition publique pour la philanthropie au Royaume-Uni. Objectif : « sortir la philanthropie de Londres » pour accroitre les flux généreux vers les territoires, en particulier les plus délaissés. Et pour cela prendre un « tournant décisif » : faire de la philanthropie non plus un complément discret de l’action publique, mais un partenaire structurel pour co-construire le développement territorial.
Our place to give : le titre est intraduisible, jouant sur la double acception du mot « place » : à la fois « rôle » (au sens de responsabilité) et « endroit ». Il reflète une ambition : la responsabilité de pallier le déséquilibre structurel des flux de dons entre Londres et les territoires, en particulier ceux où les besoins sociaux sont pourtant les plus aigus (Nord-Est, Midlands, régions côtières notamment). L’heure est donc au grand rééquilibrage, appuyé sur la volonté du gouvernement de développer largement la philanthropie au UK, notamment à l’aune du « grand transfert » de richesses qui se profile (5 à 7 milliards de livres seront transmis des générations seniors à leurs enfants d’ici 2050 au Royaume-Uni souligne le DCMS).
Pour répondre à cette ambition, il y a un budget : enveloppe de 1 million de livres sur trois ans (les axes précis de financements seront dévoilés cet été), mais surtout la volonté d’en faire un investissement à fort levier en faveur du place-based giving en partenariat étroit avec l’écosystème philanthropique. « Notre vision est de construire un partenariat ambitieux et à long terme avec les philanthropes afin d’apporter un renouveau tangible et durable, à la fois perceptible et visible au sein de nos communautés. Cela marquera un tournant décisif et une approche véritablement nouvelle de la collaboration », souligne ainsi la Ministre portant le projet. Pour soutenir cette vision, le projet se décline en trois piliers.
Pilier 1 — Connecter la philanthropie aux territoires
Au cœur de la feuille de route : le soutien aux initiatives de place-based giving existantes, autour desquelles il s’agit de créer une communauté de pratiques nationale permettant aux organisations de partager leur expertise ou d’attirer ensemble des investissements dans les zones les plus délaissées. Un outil numérique sera également mis à disposition des parlementaires pour les aider à promouvoir la générosité locale dans leurs circonscriptions. Ce pilier se complète d’un volet de développement des mécanismes hybrides de financement (de type abondement philanthropique d’investissements publics) dans une logique d’impact.
Pilier 2 — Renforcer le partenariat public-philanthropie
Un réseau d’ambassadeurs philanthropiques régionaux sera nommé pour jouer un rôle d’intermédiaires entre donateurs, communautés locales et pouvoirs publics. Mais surtout, le gouvernement assume la nécessité de sortir activement des silos entre philanthropie et puissance publique, une relation jugée trop longtemps cloisonnée. Véritable « tournant majeur » , l’objectif est désormais d’intégrer les voix philanthropiques dès les premières étapes de la conception des politiques publiques.
Pilier 3 — Développer largement la philanthropie
Le dernier pilier s’attache au développement plus global de la philanthropie : renforcer l’offre de conseils philanthropiques dans le secteur des services financiers ou encourager la culture de la philanthropie en valorisant les donateurs et les pratiques de générosité à l’échelle locale.
L’ensemble de cette feuille de route s’inscrit dans l’agenda de l’impact economy du gouvernement, porté par le nouveau Bureau pour l’économie d’impact (Office for the Impact Economy), rattaché au Cabinet Office et lancé fin 2025. Elle est globalement saluée par le secteur philanthropique, dont Mark Greer, directeur général de la Charities Aid Foundation, qui y voit « une étape très nécessaire pour raviver la générosité dans tout le pays », saluant la reconnaissance de l’infrastructure philanthropique (les fondations communautaires, les intermédiaires du don, les plateformes de place-based giving) comme levier essentiel à renforcer pour que la philanthropie sorte de Londres. Et peut-être de quoi inciter Paris à prendre ce genre de pari ?
L’ensemble du projet « Our place to give » est à découvrir sur le site du gouvernement britannique.
A voir aussi les réactions du secteur sur Fundraising UK.
Photo d’illustration : image générée par IA.
Rejoignez la communauté active des fundraisers sur tout le territoire
et boostez votre carrière au service du bien commun !