Adèle Lasne, Responsable Philanthropie et Partenariats, Département de la Gironde, raconte comment elle a développé la philanthropie au sein du Département de la Gironde et livre ses conseils aux collectivités souhaitant se lancer.

Pourquoi le Département de la Gironde a-t-il créé une mission dédiée à la philanthropie, et comment l’avez-vous bâtie ?

Au départ, c’est une initiative conjointe de la Direction des finances et de la Direction générale adjointe à la culture. L’idée était de contrer les tensions financières à venir. D’autres départements avaient déjà commencé à collecter, je pense que cela les a aussi inspirés. Pour ma part, avant de voir l’annonce pour ce poste, je n’avais pas réalisé que les collectivités pouvaient faire du mécénat en France ! Au Canada, où j’avais passé plusieurs années la possibilité n’existe pas. Pour construire la mission, je me suis appuyée sur mon expertise construite dans d’autres secteurs, et j’ai eu la chance d’avoir carte blanche pour établir la feuille de route. Au fil de la réflexion sur la stratégie, une de mes décisions a été de changer le nom de la mission qui était initialement « Mécénat et sponsoring », pour intégrer plutôt la notion de « philanthropie ». Le mécénat c’est une façon de collecter auprès des entreprises. La philanthropie, c’est le chapeau global : le lien qu’on veut créer et la vision qu’on porte pour le territoire. Il m’a fallu un an pour mettre la mission en ordre de marche. En commençant par un important travail d’acculturation en interne : expliquer l’intérêt du mécénat, embarquer toutes les directions, recenser auprès d’elles les projets qui pouvaient intéresser des entreprises ou des fondations, convaincre certains de devenir des ambassadeurs de ces projets auprès des mécènes… En parallèle, il fallait préparer les outils juridiques, organiser la traçabilité financière des dons et obtenir la validation politique du projet. Bref, pendant plusieurs mois il s’est surtout agi de creuser la terre et de couler les fondations !

Trois ans plus tard, que finance la mission, et auprès de qui collecte-t-elle ?

Elle soutient des projets très variés : nous n’avons pas thématisé notre intervention. Nous venons de financer un bus itinérant qui apporte en zone rurale l’accompagnement des pôles territoriaux de solidarité : accès aux soins ou au numérique, repérage des aidants, etc. Nous avons aussi financé de l’écopastoralisme : suite aux incendies de 2022, des vaches marines aident les landes impactées à retrouver la biodiversité. Il y a encore l’apprentissage de la nage pour les enfants en milieu naturel, la lutte contre la prostitution des mineurs confiés à l’aide sociale à l’enfance… Nous finançons dix à quinze projets par an, et nous avons collecté plus d’un million d’euros en trois ans. Nos donateurs sont surtout des entreprises, de la TPE à l’ETI, et des fondations. Ce qui motive les mécènes à travailler avec nous c’est que le département est à la fois un expert de la connaissance des besoins du territoire, relayé par ses 7000 agents, et un tiers de confiance qui garantit que le projet sera bien réalisé, qu’il aura de l’impact et qu’il saura rallier d’autres acteurs. Certains de nos projets sont par exemple portés avec des associations locales. En revanche, il faut être clair : la philanthropie n’a pas ni la vocation ni les moyens de compenser la baisse des financements publics. Elle intervient de façon ponctuelle, pour qu’un projet continue à vivre, pour qu’il innove, ou pour faire effet levier : quand l’expérience fonctionne, le public prend le relais.

Quels conseils donneriez-vous aux collectivités qui voudraient se lancer ou aux fundraisers intéressés par le secteur ?

D’abord, je dirais de foncer ! Le secteur est passionnant, y être fundraiser permet d’avoir une vision à 360 degrés sur son territoire. Je recommanderais aussi de ne pas négliger l’importance de la phase de mobilisation, de lobbying presque, en interne. Pour y faire accepter le mécénat, il faut procéder avec diplomatie, accompagner le changement en misant sur des quick wins démontrant l’apport de la philanthropie. Au-delà de l’expertise métier, cela demande beaucoup de soft skills, d’intelligence émotionnelle, pour embarquer ensemble le cabinet du président, les élus, les services… Cela requiert aussi de la résilience, pour savoir contourner les portes qui se ferment. Mais peu à peu, on peut rallier même les plus réticents !

Un autre conseil, c’est de travailler étroitement avec les directions des finances et juridiques pour organiser l’accueil et le fléchage des dons. C’est une exigence éthique : nous sommes responsables de la façon dont le don est dépensé et de sa traçabilité.

Enfin, il ne faut pas rester seul : rencontrer des pairs, se former, échanger… Le Club Collectivités Territoriales de l’AFF est très précieux pour cela. L’échange est aussi fondamental avec les acteurs du territoire, pour créer des synergies. Je pense notamment aux autres collectivités : nous n’avons pas les mêmes compétences, nous portons donc des projets différents. Mais ne pourrions-nous pas imaginer à terme de proposer des projets en commun, pour renforcer l’impact local ?


* Ne manquez pas les prochaines dates du cycle de 4 webinaires AFF dédiés à l’accompagnement des collectivités dans le développement du mécénat territorial. Pour en savoir plus, c’est par ici
!