Dernier ZEvent : ce que l’évènement phare du streaming caritatif laisse en héritage aux fundraisers…
2 septembre 2026

Du 4 au 6 septembre se tiendra l’ultime édition du ZEvent. En dix ans, le marathon caritatif de gaming sur Twitch est passé de 170.000 € à plus de 16 millions d’euros collectés en un week-end, et a fait entrer le streaming dans la boîte à outils du fundraiser français. Si ses organisateurs, le célèbre ZeratoR et le plus discret Dach, organisent un départ en apothéose, le voir s’arrêter au sommet pose interroge : quel héritage laisse-t-il et qui saura désormais mobiliser son audience surmotivée ?
« On ne doublera peut-être pas les dons chaque année », prévenait ZeratoR sur Twitter en 2019 en ouverture du Zevent… qui avait pourtant confirmé sa croissance exponentielle cette année-là encore. Depuis 2016, l’événement a en effet suivi une courbe de collecte dont rêvent bien des directions du fundraising : 170.000 € la première année (pour Save the Children, le marathon s’appelait alors Project Avengers) , 450.000 € l’année d’après (Croix-Rouge) puis 1,1 M€ en 2018 (Médecins Sans Frontières) avant 3,5 M€ en 2019 (Institut Pasteur) et 5 M€ en 2020 (Amnesty International). En 2021, la barre des 10 M€ (Action contre la Faim) est franchie et reste l’étalon pour les années qui suivent. A partir de 2022, l‘événement devient multi-bénéficiaires, avec de plus petites associations dans la liste et une collecte coordonnée par la Fondation de France. L’an dernier, l’édition « santé » a battu le record mondial du genre avec plus de 16 M€ collectés. Soit, à ce stade, plus de 55 M€ cumulés.
Pour cette édition finale qui bénéficiera aux 22 associations déjà soutenues depuis dix ans, aucun objectif chiffré n’est revendiqué — mais l’intention est claire : « nous voulons finir en apothéose », déclarait ZeratoR au Figaro début août. Le format ne change pas des dernières éditions mais pousse la promesse au maximum: un concert d’ouverture avec des têtes d’affiche majeures (Bigflo & Oli, Gazo), puis plus de cinquante heures de direct avec un record annoncé de 300 streamers participant, dont une centaine réunis à Montpellier. Évidemment, les produits dérivés, défis délirants à relever selon les paliers de dons, jeux, quizz ou karaokés seront là pour maintenir en haleine des centaines de milliers de viewers désormais fidèles à l’événement.
Ce que le ZEvent a appris aux fundraisers
Certes la mécanique du Zevent repose sur une grammaire de collecte déjà éprouvée hors-ligne par les événements télévisés, Téléthon en tête. Un marathon de plusieurs dizaines d’heures, un compteur qui monte en direct, des défis débloqués par des paliers de dons (les donation goals très potaches des streamers, ressort fondamental de la collecte, sont des cousins des « défis » du Téléthon), la mobilisation de personnalités, le sentiment de joyeuse communion d’une myriade de communautés autour d’un rendez-vous daté (les communes pour le Téléthon, les communautés virtuelles des streamers pour Zevent). Le Zevent est loin d’atteindre les 80 a 100 M€ de collecte annuelle de son cousin télé. Mais il a su prouver qu’en transposant cette mécanique en ligne et en l’adaptant aux codes du web et aux nouvelles générations, elle pouvait non seulement fonctionner, mais aussi cartonner auprès de publics que la télévision ne touche pas forcément.
D’ailleurs, au fil du temps, les initiatives se sont multipliées en France. Le SpeeDons, lancé en 2021 par MisterMV au profit de Médecins du Monde, a récolté un record de 2,34 M€ en mai dernier. Les deux éditions de Stream for Humanity ont réuni 5 M€ pour Médecins Sans Frontières et le Secours Populaire. Et l’UNICEF France a reconduit en juillet Live for Tomorrow, un événement de streaming solidaire co-produit par ZQSD Productions, la société derrière le ZEvent. Avec le succès, le canal s’est structuré : agences de production spécialisées, habitués, causes récurrentes, humanitaire et social en tête.
Un monde de records
Ce que le ZEvent a également peut-être surtout apporté aux événements de collecte c’est d’assumer le record, d’en faire un but mobilisateur en soi (inscrit d’ailleurs au Guiness Book !). On trouve au Royaume-Uni ou aux USA des marathons de gamers pré-datant largement l’événement, mais les chiffres exponentiels de l’événement ont fini par en faire un mètre étalon regardé mondialement par les streamers ou youtubeurs. En un mot, la génération Zevent n’a pas peur de parler montants. Collecter plus c’est le but, collecter moins est officiellement un échec. C’est l’une des raisons assumées par ZeratoR dans son entretien au Figaro pour s’arrêter au sommet.
Reste que – en attendant les résultats de ce dernier Zevent – le vrai choc de 2026 n’est pour l’instant pas venu de France. En avril, le streamer polonais Łatwogang a collecté, seul, depuis sa chambre à Varsovie, plus de 250 millions de zlotys — environ 59 M€ — en neuf jours de direct sur YouTube, au profit de la fondation Cancer Fighters (cancers pédiatriques), rapporte notamment la BBC. Explosant le record de Zevent alors que son objectif initial était de lever un peu plus de 100.000 euros. Son exploit : écouter en boucle pendant tout son direct la chanson d’un rappeur polonais contenant les paroles d’une petite fille de 11 ans. Démonstration, un peu vertigineuse, que l’« alignement des planètes » – ressort incontournable de nombre de collectes digitales de grande ampleur – a encore de beaux jours devant lui face aux machines collectives bien rodées d’un canal entrant peu à peu à maturité.
Entre régulation et relève
Qui dit succès et maturité dit aussi encadrement. Depuis juillet, le Fundraising Regulator britannique consacre un guide spécifique à l’online gaming and fundraising : vérifications préalables (due diligence) sur les streamers qui collectent en votre nom, protection des mineurs en ligne, modération des contenus ou encore bien être des streamers mobilisés… Alors que, selon Charity Digital, près de trois associations britanniques sur cinq recouvreraient déjà à des mécaniques de gamification, cette alerte sur la santé mentale des streamers (et possiblement des viewers) est aussi un sujet qui devrait rythmer le futur du streaming caritatif.
De quoi sera fait ce futur sur la scène française ? La fin du ZEvent laisse une audience sûrement un peu orpheline, un savoir-faire et, sans doute, un vide. « S’arrêter, c’est aussi laisser de la place à d’autres pour faire vivre cet élan », glissait ZeratoR à Carenews, tout en affirmant au Figaro « Cela ne veut pas dire que nous arrêtons le caritatif. Nous avons d’autres idées. C’est juste la fin de ce format ». Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir « qui héritera » mais de retenir la recette de l’héritage : le don peut être un moment de communauté, de jeu, de plaisir et de record assumé.
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