Donateurs et IA : une méfiance persistante qui appelle la transparence
29 octobre 2026

Ce n’est pas parce que les donateurs connaissent de mieux en mieux l’IA, qu’ils s’en méfient moins, selon la troisième vague de l’étude Donor Perceptions of AI récemment publiée aux USA. Parmi les principales crispations des donateurs : les robots qui se font passer pour des humains et la crainte de perdre le lien avec les causes qu’ils soutiennent. Une étude qui porte un appel à la transparence sur les usages de l’IA en collecte et qui propose des pistes pour la pratiquer au plus près des attentes donateurs.
Tout part d’une hypothèse posée en 2024 par Nathan Chappell et Cherian Koshy, deux experts américains en collecte de fonds assistée par l’IA. L’idée, partagée par le secteur caritatif américain, était que la méfiance des donateurs vis-à-vis de l’IA tenait à la nouveauté.À mesure qu’ils se familiariseraient avec elle, leurs réticences s’atténueraient. Les données recueillies pour cette troisième vague de leur étude « Perception des donateurs à l’égard de l’IA » montrent une autre réalité.
Certes, les donateurs sondés se sont acculturés : 49,7% des répondants connaissent désormais très bien l’IA, contre 31,6% en 2024. Pourtant, lorsqu’une association annonce avoir recours à l’IA dans le cadre de sa collecte, la part de donateurs moins enclins à donner reste figée : 31,4% en 2024, 32,2% en 2025, puis 32,3% en 2026. Pour les auteurs de l’enquête, la familiarité ne suffit donc pas à produire l’acceptation : en 2026, même les donateurs qui connaissent très bien l’IA sont 29% à déclarer être moins enclins à donner. « Les consommateurs et les donateurs ont désormais une meilleure compréhension de ce dont l’IA est capable. Mais cette familiarité accrue renforce aussi leurs inquiétudes quant à son utilisation inappropriée », explique Nathan Chappell dans un article de The Chronicle of Philanthropy.
Ce qui inquiète les donateurs
Le principal point de friction est précis. 70,2% s’inquiètent de voir des robots dotés d’intelligence artificielle présentés comme des humains pour représenter une association. Ce chiffre est loin devant la décision automatisée d’attribution de subventions (49,8%), les chatbots d’assistance (36,1%) et les contenus générés par l’IA pour les appels ou rapports (32%). Pour 175 répondants (17,2% de l’échantillon), c’est même la seule inquiétude cochée. En trois ans, cette préoccupation est passée du statut de risque parmi d’autres à celui de risque qui se démarque nettement.
De plus, environ quatre donateurs sur dix sont mal à l’aise face aux appels aux dons personnalisés par l’IA. Seulement un sur cinq les apprécie, et un peu plus d’un quart les tolère à condition d’en être informé. Même les 18-29 ans, dont 33,6% apprécient la personnalisation par l’IA, sont plus nombreux à déclarer qu’un appel aux dons généré par l’IA les rendrait moins enclins à donner (32,8%) que l’inverse (21,9%). Enfin, l’inquiétude s’est aussi déplacée de la base de données à la conversation : 64% des donateurs craignent une perte de lien humain dans leurs interactions avec les associations qu’ils soutiennent, contre 54% d’inquiets pour la sécurité de leurs données.
Un appel à la transparence
Alors que 77% des répondants estiment que la transparence concernant l’utilisation de l’IA est très importante, contre 69,4% auparavant, le rapport propose aux fundraisers des pistes pour assurer cette transparence à deux niveaux : d’abord, une page dédiée, facilement accessible expliquant clairement à quoi sert l’IA et comment joindre une personne réelle ; ensuite, un rappel chaque fois qu’un système automatisé demande un don ou des données personnelles. Le deux experts suggèrent aussi aux fundraisers de se poser cinq questions avant toute mise en service d’un système automatisé destiné aux donateurs : ce dernier sait-il qu’il parle à un logiciel ? L’outil prétend-il se souvenir ? Chaque histoire ou chiffre renvoie-t-il à une personne ou à une donnée vérifiée ? Un humain est-il joignable du premier coup ? Le donateur peut-il modifier la façon dont l’association communique avec lui ? Enfin, le rapport invite à ouvrir la conversation avec les donateurs, y compris les plus irréductibles face à l’IA, pour jauger finement leur zone de confort, avant de lancer un outil.
Note méthodologique : Autofinancée et non évaluée par des pairs, l’enquête Donor Perceptions of AI est à découvrir ici. Menée auprès de 1020 Américains du 15 au 19 septembre 2026, elle est distribuée par Fundraising.AI, communauté que Nathan Chappell a fondée. Avec les deux éditions précédentes, elle cumule 3 057 répondants, issus de trois échantillons indépendants.
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©Photo : Donor Perceptions of AI
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