Record battu : le don individuel le plus important jamais octroyé à une université américaine date de fin septembre. Il s’agit d’un montant de 3 milliards de dollars remis par le financier Ken Griffin à l’université Carnegie Mellon. L’histoire d’une stratégie de fidélisation au long cours et d’un changement d’échelle qui raconte comment le mega-giving peut influer sur l’avenir d’une institution.

Fondateur du fonds d’investissement Citadel, Ken Griffin a précédemment effectué des dons de plusieurs millions de dollars, notamment à l’université de Harvard – où il a été étudiant – ou au musée des Sciences et de l’Industrie de Chicago. Alors pourquoi un don aussi important à l’université Carnegie Mellon avec laquelle il n’entretient pas de lien d’alumni ? D’après le New York Times, c’est l’aboutissement de deux années de discussions discrètes avec les dirigeants de l’université Carnegie Mellon de Pittsburgh.

Un long processus de rapprochement

Interrogée par le site The Chronicle of Philanthropy, la directrice générale du cabinet de conseil en collecte de fonds Washburn McGoldrick, Bonnie Devlin souligne : « C’est un exemple frappant de ce qui peut se produire lorsque les dirigeants d’organismes à but non lucratif prennent le temps de nouer une relation avec un donateur fortuné. De tels dons ne résultent pas d’une simple sollicitation. Ils sont le fruit de plusieurs années de co-création entre l’institution et le donateur, qui ont vraiment réfléchi à ce qu’ils essayaient d’accomplir. »

Le jour de l’annonce, Griffin a expliqué que sa conviction est née du temps passé sur le campus à l’occasion de ses nombreux échanges avec l’université. Impressionné par le travail et l’engagement des étudiants, il a également mentionné les nombreux prix – Nobel et Turing, entre autres – dont les anciens élèves et professeurs de l’université ont été lauréats. Autant de raisons qui justifient, selon lui, la nécessité de mettre davantage en lumière Carnegie Mellon.

Plus qu’un soutien, un levier de développement

Deux milliards de dollars serviront à créer un campus à Miami où les premiers étudiants sont attendus en 2028. Le milliard restant sera réparti entre une nouvelle école d’informatique qui portera le nom du mécène et d’autres programmes au profit du campus originel à Pittsburgh. De plus, Griffin rejoint le conseil d’administration de Carnegie Mellon, ce qui lui confère un poids réel dans les arbitrages à venir.

Aux États-Unis, les dons d’un milliard ou plus en faveur de l’enseignement supérieur se comptent sur les doigts d’une main. Le don de Griffin équivaut presque au budget global de l’Université de Miami, à savoir environ 3,5 milliards mi-2025. Le financeur estime que l’Amérique ne comprend plus la valeur de l’enseignement supérieur, qui reste la clé du rêve américain. Sa démarche s’inscrit dans la continuité de ses précédents engagements pour dynamiser le commerce, l’investissement et l’éducation en Floride, où il a grandi et transféré son groupe en 2020 après l’avoir développé pendant plus de trente ans à Chicago.

Ce don exceptionnel pourrait ainsi servir de « multiplicateur de force » pour les collectes de fonds initiées par des institutions locales, selon Bonnie Devlin, inspirant d’autres donateurs ultra-riches. Selon le vœu de Griffin, il pourrait aussi faciliter la recherche de fonds pour les étudiants qui voudront créer leur propre entreprise.