3 questions à… Jonathan Hude-Dufossé
7 mai 2026

Jonathan Hude-Dufossé, Président de l’AFF, nous parle de la démarche engagée par l’AFF sur les questions de santé mentale des fundraisers et des premiers enseignements de l’enquête nationale quelle a menée.
Dans un environnement en mutation, où les tensions sur les ressources se multiplient, l’AFF vient de mener une enquête afin de documenter une réalité peu objectivée jusqu’à lors : celle de la santé mentale des fundraisers. Une enquête qui a largement mobilisé la communauté des professionnels de la collecte, qui met en chiffres les intuitions, a vocation à ouvrir des espaces de partage et à permettre à l’AFF de mieux outiller les fundraisers face au stress et au risque d’épuisement professionnel. Jonathan Hude-Dufossé, président de l’AFF, revient sur la genèse du projet, partage de premiers résultats et ouvre des perspectives en attendant le webinaire dédié le 28 mai prochain.
Pourquoi avoir lancé ce projet sur la santé mentale des fundraisers ?
Depuis quelques mois, nous avions des remontées informelles sur ce sujet lors de nos échanges avec la communauté des fundraisers. Avec cette enquête, le but était d’objectiver la question de la santé mentale des professionnels de la collecte. La crise du Covid a été un réel point de bascule pour ces questions de santé mentale : c’est à partir de ce moment-là que la société a commencé à réaliser à quel point elles sont centrales, dans le travail comme dans la vie personnelle. Peu à peu, l’AFF a réfléchi à la question pour les fundraisers qui sont au centre d’une équation assez spécifique. Au service de missions sociales prenantes, ils sont fortement engagés dans leur travail – nous le savons tous, nous ne faisons pas ce métier par hasard ! – ce qui peut les amener à parfois dépasser les limites, à oublier de poser des barrières entre vie professionnelle et vie personnelle, entre activisme et professionnalisme. Ils sont d’infatigables optimistes, toujours en quête de leviers d’innovation, de nouveaux moyens de développer les ressources. Mais cet engagement n’est pas toujours reconnu à sa juste hauteur, en interne comme socialement. Par ailleurs, parce qu’ils pilotent ce qui est le plus « chiffrable », le plus tangible à mesurer, ils sont soumis à une forte pression sur les résultats. Cela peut créer des désalignements forts, particulièrement dans un contexte marqué par une intensification des contraintes pesant sur le secteur associatif, entre raréfaction des financements publics, incertitudes économiques et exigences accrues en matière de performance.
Quels sont les premiers résultats de cette enquête inédite ?
Le premier signal fort, et un enseignement en soi, c’est l’ampleur et la rapidité de la participation. Près de 500 fundraisers, avec des profils variés, ont très rapidement répondu au sondage. Cela représente plus d’un tiers de nos adhérents. Nous avons rarement eu des retours à ce niveau dans les enquêtes que l’AFF mène ! Cela traduit une préoccupation réelle et partagée autour de la santé mentale mais aussi un besoin fort d’expression et de reconnaissance de ces enjeux. Concernant les premiers chiffres, si l’on pouvait s’y attendre dans une certaine mesure compte tenu de cette fameuse « équation » dans lequel se trouvent les fundraisers, ils sont tout de même assez préoccupants et permettent d’objectiver le poids qui pèse sur les épaules des fundraisers. Plus de la moitié des répondants déclarent un niveau de stress élevé, 63 % reconnaissent avoir déjà connu une situation d’épuisement voire de burn-out… mais près de 8 fundraisers sur 10 déclarent n’avoir jamais été en arrêt maladie lié au stress. Cela confirme le fort niveau d’engagement des fundraisers dans leur mission mais aussi la difficulté, voire l’impossibilité, à s’arrêter pour une part non négligeable d’entre eux dans un contexte de fundraising tendu. En effet, 58% des répondants reconnaissent ressentir fortement la pression pour compenser la baisse des ressources financières et plus de un sur deux déclarent que les objectifs ont augmenté alors que les budgets ont diminué. Un autre point marquant est l’isolement du fundraiser dans des équipes souvent réduites : 4 répondants sur 10 déclarent se sentir seuls dans leurs décisions ou manquer de soutien.
Quelle suite sera donnée à cette enquête ?
Cette première enquête est un point de départ, une photographie qui met en chiffres les signaux faibles que nous recevons, et nous espérons en faire un baromètre régulier – tous les trois ans – pour prendre le pouls de la santé mentale des fundraisers. Au-delà du contexte d’incertitude économique et politique qui rend les conditions de collecte plus difficiles, les tensions organisationnelles, les plans sociaux, les projets de fusion, etc. peuvent renforcer les sources de stress internes ou externes dans les années à venir.
Les résultats serviront de base à l’élaboration par l’AFF d’une étude qui sera présentée à l’automne. Il s’agira ensuite de structurer de véritables espaces de sensibilisation et de partage entre pairs autour de cette question de la santé mentale. Face à ces sujets, la pair-aidance, la libération de la parole et sa prise en considération, son écoute sont déjà des leviers très forts. Si ce sont des conditions nécessaires au mieux-être des fundraisers, elles ne sont néanmoins pas suffisantes : nous travaillerons également à développer des outils plus opérationnels et diffusables dont les fundraisers et leurs organisations pourront se saisir.
Derrière cette question de santé mentale, l’enjeu est double : avant tout le bien-être individuel au travail, mais aussi la solidité des organisations en termes de fundraising et donc leur développement et leur pérennité. Le fundraiser assure le lien avec les donateurs, les philanthropes, les mécènes, etc. S’il est en souffrance, comment pourrait-il réussir à convaincre, à mobiliser au bénéfice de sa cause ?
Rendez-vous ici pour vous inscrire au Webinaire « Santé mentale des Fundraisers » du 28 mai qui décryptera les premiers enseignements de l’enquête et les mécanismes d’épuisement propres au fundraising.
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