Un hôtel de ville en flammes, un commerçant désemparé devant sa boutique dévastée… Diffusées en boucle dans les médias et sur les réseaux sociaux, certaines images ont déclenché une vague de générosité après les dégradations du 17 octobre. Jusqu’à 700 000 euros collectés en une semaine pour l’hôtel de ville de Limoges, plus de 94 000 euros pour un commerçant parisien. Mais toutes les cagnottes n’ont pas connu le même succès. Un révélateur du poids de l’émotion, de l’incarnation et de la médiatisation dans les ressorts du don.

En marge de la manifestation ayant mobilisé massivement les Français sur tout le territoire, certains individus en ont profité pour se livrer à des actes de destruction. L’hôtel de ville de Limoges a notamment été ravagé par un incendie. Le bâtiment, construit fin 19ème grâce au legs d’un habitant, voit son beffroi s’effondrer. Les images, qui ont fait le tour du monde, ont catalysé l’émotion, ainsi que les dons. Trois jours plus tard, la Fondation du patrimoine et la Ville lancent une souscription. Son objectif : 300 000 euros… En 24h, plus de 200 000 euros sont collectés et l’objectif est dépassé en trois jours. L’ambition de collecte est alors doublée. Ce nouveau cap des 600 000 euros est à nouveau franchi moins d’une semaine après le lancement, et la Fondation fixe un nouveau palier à deux millions d’euros, sans exclure de le relever encore.

Une semaine après le lancement, plus de 7 300 donateurs ont contribué à hauteur de 790 000 euros à cette cagnotte patrimoniale. Ils viennent de Limoges et du Limousin, mais aussi de toute la France et de l’étranger : Canada, République tchèque, villes jumelées liées à Limoges par la porcelaine… « C’est tout à fait inédit en Limousin, résume Benoît Sadry, délégué de la Fondation du patrimoine en Haute-Vienne, dans un entretien avec Ici Limousin. Avec la collecte de Limoges, il y a un aspect très émotionnel, les gens ont vu les images… ».

On y retrouve un petit air de Notre-Dame, avec l’appartenance territoriale en ligne de fond. Les contributions s’étalent de 5 à 5 000 euros, avec un don moyen autour de 100 euros. C’est, selon Benoît Sadry, ce que la Fondation récolte habituellement. Mais rarement aussi vite.

Cette cagnotte au succès exponentiel contraste par exemple, avec une autre collecte de la Fondation du patrimoine lancée peu avant pour répondre à l’incendie, le 11 octobre, du marché des Enfants-Rouges, plus vieux marché couvert de Paris. Même opérateur, même objectif initial de 300 000 euros, même soutien affiché de la Ville : quinze jours après son lancement, la cagnotte atteint un peu plus de 15 000 euros collectés auprès de 158 donateurs. Moins que celle lancée sur Leetchi par l’une des commerçantes au profit de l’ensemble des marchands, qui frise les 23 000 euros.

Les visages plus que les collectifs

Alors que les dégradations du 17 octobre auraient touché plusieurs centaines de commerces, la générosité choisit ses visages dans la pléthore d’initiatives lancées sur Leetchi ou Tribee. Le gérant du magasin Micromania de Nice, devenu viral sur les réseaux sociaux, alerte d’abord sur l’usurpation de son identité, avant d’adouber une cagnotte qui approche les 30 000 euros de collecte. La plus suivie, celle de Hassan, gérant d’une boutique de téléphonie à Paris filmé hébété devant son magasin, a dépassé 94 000 euros avant d’être fermée.

Pour tenter de limiter les pages frauduleuses, plusieurs élans mutualisés ont aussi été lancés. À Lyon, l’association de commerçants My Presqu’île lance dès le 18 octobre une cagnotte sur Leetchi, avec des règles claires. Les fonds sont répartis selon l’ampleur des dégâts, l’urgence des travaux et la fragilité des commerces. Le média culturel et urbain le Bonbon lance une initiative similaire avec pour objectif de reverser les fonds à des associations de commerçants des villes où il est présent. Dix jours plus tard, la première réunit un peu plus de 11 000 euros, la seconde approche les 6 000 euros. La transparence et l’équité promises par ces dispositifs n’ont pas suffi à remplacer, aux yeux des donateurs, ce qui fait l’essence de l’envie de donner : un symbole, des images, un visage.

©Photo : Fondation du Patrimoine